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Reichshoffen

 
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Reichshoffen
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MessagePosté le: Ven 20 Aoû 2010 - 20:09
Sujet du message: Reichshoffen
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Un retour dans les ombres d'autrefois


Le vent froid du nord soufflait dans les pinèdes sombres de la vallée, mugissant telle une bête à l’agonie. Le ciel gris anthracite laissait tomber un crachin glacé sur l’herbe triste, ruisselant sur les armures et les boucliers de l’armée en marche. Les oriflammes, trempées par la pluie, pendaient le long de leurs lances, et les bottes faisaient jaillir du sol boueux des gerbes brunes salissantes. Les chevaux piaffaient avec nervosité, en descendant les collines vallonnées.
 

Le marquis de Reichshoffen releva sa visière et contempla la ruine branlante qui dominait le pays, du haut de son tertre ancestral. Abandonnée aux mauvaises herbes, la forteresse calcinée n’était plus que l’ombre d’elle-même. Des corbeaux noirs, pelés et scrofuleux, s’envolèrent de la veille demeure royale, en poussant leurs rauques croassements. Si c’était là tout ce qu’il restait du pouvoir de Lordaeron sur ces terres, que resterait-il de son propre fief, rumina t-il amèrement, en mettant pied à terre.
 

La troupe clairsemée, composée d’une cinquantaine de combattants chevronnés et d’archères aguerries, établit rapidement un périmètre de défense dans les vestiges du château. L’odeur pestilentielle de la mort était partout, malgré les intempéries qui lavaient chaque jour ces lieux maudits. Mais ils n’avaient pas le choix. S’ils voulaient rallier rapidement Pont-de-mort, et repartir sains et saufs, il leur fallait ménager leurs montures, et leur trouver un abri au sec pour passer la nuit.
Les palefreniers conduisirent les chevaux et béliers dans ce qui restait des écuries de la citadelle, leur distribuant avec parcimonie du fourrage tiré de leurs réserves. Le foin qui pouvait rester dans les maisons, croupi et verdâtre, fut brûlé avant que les montures ne puissent y porter les dents.
Le marquis s’était installé dans ce qui restait de la salle d’armes du château. C’était la seule pièce dont le toit n’était pas effondré. Aux murs pendaient encore quelques tentures aux couleurs du royaume, déchirées il y avait des années de cela. Reichshoffen avait fait décrocher ces loques et avait ordonné qu’on étende à leur place les bannières aux armes du Serment des inspirés. Il venait d’ôter sa cape et de la déposer sur le dossier d’une chaise vermoulue, quand le vieux Grimrnur Scathir, un vétéran de l’armée, vint lui faire son rapport :
« -La troupe est installée, capitaine.
-Les hommes sont satisfaits ? »
Bien sûr, homme était une façon de s’exprimer. Les représentants de la race humaine étaient en infériorité par rapport aux nains, elfes et autres gnomes qui renforçaient la cohorte. Grimrnur grogna :
« -Autant que faire se peut, capitaine. Les bêtes sont à l’abri sous les auvents, et les sentinelles à leurs postes d’observation. La nuit devrait être calme.
-Espérons-le, mon ami. »
Le marquis de Reichshoffen le laissa rejoindre ses compatriotes montagnards, et se plongea dans ses souvenirs. Une part de son âme le suppliait d’arrêter là son périple, et de rentrer à Hurlevent. Mais une voix au fond de lui le poussait à continuer. Et ce n’était pas seulement pour l’argent, non. Il voulait savoir ce qu’il restait de son village d’enfance, de cette vie qu’il avait laissée derrière lui.
 

Voilà des années qu’il n’était pas revenu à Lordaeron. A l’époque, il était encore un tout jeune seigneur, et bien qu’il ne commandât qu’à une bourgade de quelques milliers de paysans et de marchands, il sentit très tôt le poids de la responsabilité sur ses épaules. Car le roi Terenas II était mort, et la guerre contre le prince Arthas commencée. En appelant les vassaux du roi à la guerre, le seigneur paladin Uther avait provoqué un véritable ouragan de tumulte. A Moulin-de-tarren, les conscrits se rassemblaient par légions. A Tirisfal, les forges marchaient sans relâche. Tout le pays s’armait pour défendre son droit d’exister.
Et lui, Conrad Reichshoffen, avait dû appeler ses gens à l’ost, équiper et entraîner sa milice, faire distribuer des armes de fortune aux paysans ; rassembler les braconniers en bataillons d’archers ; convoquer les herboristes et apothicaires pour le service d’intendance… Bref, organiser son fief à une guerre ouverte.
Hélas, la guerre contre le Fléau était perdue d’avance, et jour après jour, mois après mois, les pertes s’accumulaient sans que la Main d’Argent ne parvienne à endiguer la marée des morts-vivants. Lorsque les dernières lignes de défense furent brisées, et que les paladins appelèrent à un repli dans les montagnes, le marquis dirigea l’exode de son petit bourg vers le sud, vers Arathi, Khaz Modan. Il fallait fuir la mort qui chaque nuit rampait un peu plus loin, dévorait champs, forêts, villes et habitants dans son étreinte glacée.
Mais les rigueurs de la route, les dangers incessants, les embuscades organisées par les goules et par la fourbe Sylvanas décimèrent les rangs des réfugiés. Quand il atteignit la sécurité relative des hauts cols d’Alterac, le marquis avait vu mourir les plus faibles de ses gens ; enfants, vieillards, épouses étaient morts au fil de toutes ces épreuves sanglantes. Alors Reichshoffen partit avec chaque homme, chaque femme qui avait la force de porter une arme, jurant de ne désarmer que lorsque son peuple pourrait connaître la paix. Traversant des royaumes déjà au bord de la destruction, il parvint jusqu’à la côte endeuillée, où il eut le réconfort de retrouver quelques milliers de survivants des massacres du prince Arthas. Là, sous la houlette de la magicienne Jaina Portvaillant, tous ceux qui s’étaient enfuis à temps avaient rassemblé les navires de la flotte royale. Et ces galions, ces galéaces et ces galères mirent le cap sur Kalimdor…
C’est ainsi qu’il avait quitté sa terre natale. Mais avant que d’abandonner son fief Pont-de-mort, Reichshoffen avait enterré tout ce qu’il avait pu trouver d’or, d’argent et de bijoux, orfèvreries, gemmes et pierres précieuses. Ses gens n’auraient jamais pu emporter avec eux, dans leurs voyages, les coffres et les malles renfermant leurs biens les plus précieux, aussi le marquis avait-il fait établir la liste de leurs effets de valeur, avant de cacher le tout dans un endroit connu de lui seul et de ses gardes. Il espérait pouvoir revenir un jour, et rendre cet or aux siens une fois la paix rétablie.
De ceux qui avaient été enterrer le trésor, il ne restait plus que lui. Et des nombreux habitants du bourg, il ne restait plus que le marquis et vingt de ses plus fidèles soldats. Tant étaient morts… Ici en Lordaeron, en Kalimdor, lors de la bataille du Mont Hyjal… Mais il avait juré de récupérer le butin, pour l’utiliser au service du Serment. Il ferait forger de nouvelles armes, relever des murailles, affréter de nouveaux vaisseaux. Cet argent gagné par le sang innocent versé devait servir de nobles desseins. Il devait permettre aux futures générations de ne jamais plus connaître ce que le monde avait eu à subir.
 

Il resta ainsi de longues heures, à observer les étendards du Serment, posés contre les murs noirs de la salle branlante. Son bien-aimé pays n’était plus que l’ombre sinistre de ce qu’il avait été. Il en était là de ses réflexions, quand Grimrnur entra dans la pièce, son tromblon à la main. Sa mine, plus grave encore que d’habitude, incita le marquis à ramasser casque, arme et bouclier.
« -De la visite ? »
Le nain opina, silencieux. Tous deux sortirent de la pièce, franchirent quelques couloirs à moitié écroulés et entrèrent dans ce qui avait été la basse-cour de la forteresse. Derrière les gravats et les pans de mur éventrés, trois douzaines de leurs meilleurs fusiliers, javeliniers et archères faisaient le guet, méfiants. Grimrnur s’approcha du périmètre de défense, et pointa un doigt ganté vers la pente en contrebas, chuchotant :
« -A l’orée du bois. Droit devant. »
Reichshoffen s’approcha d’une Sentinelle arc-boutée derrière une pile de rochers, lui adressa un salut de la tête et plissa les yeux, moins habitué à l’obscurité que ses camarades. Il ne distingua pas grand-chose, dans les fourrés du sous-bois, mais l’elfe lui murmura :
« -Au moins dix créatures hostiles à la lisière. Une vingtaine sur notre droite, et au moins vingt autres à gauche. Les pins en cachent peut-être davantage. »
Le marquis fit une moue de dégoût, en apercevant les lueurs pâles dans les yeux des morts-vivants. On entendait maintenant des bruits de manducation écœurants monter des fourrés.
« Goules…, cracha Grimrnur en épaulant son fusil.
-On ne peut pas ouvrir le feu sans savoir dans quelle situation nous sommes, objecta Reichshoffen.
-Qu’est-ce que ça changera ? répondit l’ancêtre nain, en cherchant une cible.
-Que disent les autres guetteurs ?
-Nestor dit que rien ne vient des autres directions, expliqua Grimrnur. Ce damné gnome a escaladé la seule tour encore debout, et observe les quatre horizons.
-Rien sur les autres flancs de la colline mon capitaine, confirma l’elfe en choisissant une flèche dans son carquois. Ce n’est peut-être qu’une bande en maraude.
-Espérons-le… »
Un hululement sinistre retentit, poussé par plusieurs gorges creuses. A l’instant, les rangs dépenaillés des morts-vivants jaillirent des pinèdes obscures, se détachant dans le brouillard de la nuit. Les silhouettes tordues boitèrent vers le château effondré, claquant de leurs mâchoires pendantes. Certaines n’étaient que des tas d’os déambulant, d’autres portaient des armures en cuir bouilli, des cottes de mailles effilochées et des casques bosselés. La plupart de ces monstres brandissaient des boucliers et des épées rouillées, mais certains, plus vifs et plus rapides, poussaient les autres du plat de la lame. Ces squelettes-là, ricanant et grognant dans une parodie de langue, n’étaient pas de simples zombies. C’étaient des créatures dont les orbites pourries brillaient de malice, et leurs borborygmes étranges semblaient être du bas-parler. Ce n’étaient pas des esclaves décérébrés du fléau, mais des sujets de la Dame Noire. Des déterrés pillards et sanguinaires, vivant de brigandage. Et d’autres rangs de mercenaires trépassés surgissaient des bois, toujours plus nombreux. Reichshoffen frissonna et ordonna :
« -Economisez vos munitions, soldats. Chaque tir doit compter. Visez à la tête, et pas de quartier. Pour l’Alliance ! »
Et tandis que les arcs chantaient et les carabines aboyaient, balles et flèches sifflant dans l’air brumeux, le capitaine enfila sa main droite dans la gueule de dragon qui lui servait de gantelet : la grosse tête écailleuse, d’un rouge vermillon, sembla lui sourire à pleines dents. La nuit promettait d’être longue…
_________________
Clothaire Reichshoffen


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MessagePosté le: Ven 20 Aoû 2010 - 20:09
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Reichshoffen
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MessagePosté le: Mer 29 Sep 2010 - 17:15
Sujet du message: Reichshoffen
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La bataille avait duré jusqu’au matin, la lumière venant chasser les Réprouvés des ruines de la colline. Non pas qu’ils craignissent la lueur de l’aube, mais ils savaient qu’au grand jour, la terreur et l’effroi qu’ils inspiraient se trouveraient grandement diminués. Et leur troupe, déjà clairsemée, préférait profiter du couvert  que de risquer une bataille rangée sous les rayons révélateurs du soleil.
C’est donc dans le plus grand désordre que les rangs des morts-vivants retournèrent s’abriter sous les sombres silhouettes des pins flétris, laissant la troupe armée compter ses pertes et brûler ses morts. Evidemment, ce n’était pas l’idéal, mais il aurait été insensé d’abandonner les corps encore frais d’anciens camarades aux mains impies des goules et des zombies, errants et affamés.
Le capitaine eut aussi la délicate question des blessés à trancher. Si ceux qui avaient été meurtris par les armes pouvaient être soignés –même une blessure infectée par une épée rouillée et putride pouvait être endiguée– ceux qui avaient été mordus par les assaillants posaient un grave cas de conscience.
Trois des défenseurs du serment avaient été contaminés par la salive et le sang des morts, et sombraient déjà dans un cercle infernal de nausées, de tremblements et de gémissements de douleur. Deux nains et un humain. Reichshoffen s’accorda quelques minutes de réflexion, le temps pour le bataillon de seller les chevaux et de remballer leurs maigres paquetages. Ils ne pouvaient plu sauver ceux qui avaient été infectés par le Fléau. Les emmener avec eux aurait été dangereux. Mais les mettre à mort aurait été un crime.
Finalement, le capitaine ordonna qu’on les ligote et qu’on les garde sous surveillance. Les médecins du Serment leur administrèrent de fortes doses de narcotiques. Drogués, les malheureux étaient inoffensifs. Maintenus en observation, on les chargea sur le dos des chevaux, et la troupe reprit sa route. Il ne restait qu’à espérer que l’on puisse rentrer au plus tôt, et que les pouvoirs de guérison des prêtres et prêtresses de l’Alliance réussiraient à extraire de leurs corps maudit le mal qu’ils avaient contracté.
La troupe silencieuse reprit la route, en ayant essuyé la perte de dix-sept morts et vingt-deux blessés, sans compter les trois malheureux qui gisaient dans un coma profond. Vers les premières heures de l’après-midi, les ruines lugubres de Pont-de-Mort furent enfin visibles, du haut des collines vallonnées de la région. Pont-de-Mort, autrefois appelée Pont-de-Vie, avait été une riante bourgade de Lordaeron, entourée de ses vignobles, protégée par la silhouette rassurante de la forteresse, sur la hauteur voisine. Du château-fort, il ne restait plus que ses fondations dérisoires, sur lesquelles poussait une herbe drue et grise, de mauvaise mine. Les rares animaux à avoir survécu dans ce paysage désolé ressemblaient à des spectres décharnés :  loups maladifs, cerfs squelettiques ou corbeaux aux ailes pourries, ils faisaient frissonner les voyageurs.
Clothaire Reichshoffen, arrivé devant l’entrée de la ville endeuillée, accusa le choc : il ne restait de ces maisons joyeuses que des ruines sinistres. Et il savait que de tous les habitants de ces terres jadis prospères, il n’y avait plus que lui de vivant. C’est pourquoi il était revenu, lui, Marquis de Pont-de-Mort, pour récupérer les trésors enfouis avant la guerre, les revendiquant au nom du Serment. Cet or devait servir à relever l’Alliance, et à la garantir d’échapper au sort funeste qui avait frappé ce pays. Tel était du moins son but en théorie, mais voir sa patrie défigurée par la mort était pour lui quelque chose de difficilement tolérable. Rongé par le remord et le chagrin, il se dirigea à pas lents vers les murs décrépis et lépreux de la vieille église du bourg. Les hommes et femmes du Serment établirent là un camp de fortune, se servant des murs brisés comme d’une enceinte précaire.
Clothaire se recueillit quelques instants aux pieds de l’autel, seul élément de la bâtisse qui n’avait pas pu être brisé ou démoli par la rage des goules impies. Massif et imposant, mais recouvert de marques de griffes et de flaques séchées, la table de pierre semblait rester solitaire, seul témoin de la vie qui jadis avait animé ces lieux funestes.
Clothaire organisa avec ses tribuns les tours de garde et les postes de surveillance, car il fallait éviter de se laisser surprendre dans la nuit, au milieu des ruines, par une nouvelle attaques des pillards morts-vivants. Ils savaient que les brigands squelettes continuaient de les suivre, à courte distance. Par chance, la vieille église trônait au centre d’une place dégagée. Il fut facile de suspendre quelques flambeaux aux quatre coins du bâtiment et de poster des sentinelles pour balayer du regard toutes les directions.
La nuit tomba rapidement, en cette saison pluvieuse. Dès le lendemain, ils iraient sur le lieu où le butin avait été enterré, et ils quitteraient ce pays sans espoir.
_________________
Clothaire Reichshoffen


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